Enlever la couleur, c'est obliger le regard à voir la lumière.
Une décision prise au cadrage
Enlever la couleur, c'est obliger le regard à voir la lumière.
Le noir et blanc n’est pas, pour moi, un filtre appliqué après coup : c’est une décision prise au moment de cadrer. Dès qu’une scène repose sur un contraste, une texture ou une géométrie plutôt que sur ses couleurs, je sais qu’elle finira ainsi, et je compose différemment à partir de cet instant.
Concrètement, cela change tout. On cesse de chercher un accord de couleurs pour chercher une séparation de valeurs : est-ce que le sujet se détachera du fond une fois la couleur retirée ? Une silhouette contre un ciel, oui. Une veste verte devant un feuillage vert, jamais.
C’est aussi la raison pour laquelle le milieu de journée, souvent décrié parce que la lumière y est dure, devient un moment idéal : les ombres sont franches, les blancs éclatent, le sujet se réduit à sa forme. Cette série rassemble des images faites sur plusieurs années, du lac d’Annecy au vieux pont de Mostar, qui ont toutes en commun d’avoir été pensées sans couleur dès le viseur.
Massif enneigéUne chaîne de montagnes enneigée, forêt sombre au premier plan. Trois valeurs seulement : le noir des arbres, le gris des versants, le blanc de la neige. C’est le type de scène qui ne gagne rien à la couleur.Flèche et branchagesUne flèche néogothique encadrée par des branches nues. J’ai cherché un angle où les branchages viennent enfermer le clocher : sans ce premier plan, il n’y a qu’un monument ; avec, il y a une profondeur.Ombres portéesDes ombres de branchages projetées sur un mur clair. Le sujet n’est pas le mur ni l’arbre, c’est la lumière elle-même : le genre d’image qui n’existe qu’une heure par jour.Sous le parapluieUne silhouette sous un parapluie, en contre-jour très contrasté. Exposer pour les hautes lumières et laisser le personnage se fermer complètement : on perd tout détail, et c’est exactement ce qu’on cherche.Le plongeur de MostarUn plongeur en plein saut depuis le vieux pont de Mostar, la foule massée sur l’arche. Il n’y a rien à composer sur le moment : tout se joue au repérage, en choisissant à l’avance la rive et la hauteur d’où l’on va déclencher.Lumière de storesUn portrait rayé par la lumière de stores vénitiens. La lumière devient un motif posé sur les visages : il faut placer les modèles pour que les bandes tombent où l’on veut, ce qui prend plus de temps que la photographie elle-même.CanyoningUn canyoniste descendant en rappel le long d’une cascade. En noir et blanc il ne reste que l’opposition entre la roche sombre et l’eau blanche, et la petitesse du personnage dedans.Cygne du lac d’AnnecyUn cygne déployant ses ailes sur le lac d’Annecy, photographié au début de l’hiver. J’ai attendu que son mouvement dialogue avec les lignes des montagnes enneigées en arrière-plan : c’est cette rime de formes qui fait l’image.Devant la MustangUn portrait devant une Ford Mustang. La voiture est un décor très bavard en couleur ; en noir et blanc, elle redevient une masse et laisse la personne au premier plan.
Une question revient souvent : comment savoir si une image doit rester en couleur ? Ma réponse tient en une phrase : si la couleur est le sujet, on garde ; si elle n’est qu’un renseignement de plus, on l’enlève et l’on voit tout de suite si l’image tenait debout.
La plupart de ces images existent en tirage jusqu’au format A3+ : voir les questions fréquentes.